Emblèmes de l’Automobile Club de Monaco

RÉALISATION DE 4 EMBLÈMES POUR L’AUTOMOBILE CLUB DE MONACO

Je vous présente la réalisation des 4 emblèmes que j’ai effectué en 2003 pour l’ACM, club automobile si prestigieux de par le monde.

 

Depuis 1986, je réalise pour des communes, des sociétés, des banques, des emblèmes, logos, armoiries et blasons, des tableaux de bord de voitures tel que Jaguar, MG ou Spitfire.

Après avoir réalisé en marqueterie les Armoiries de la Maison Grimaldi à Monaco en 1999, j’ai contacté le Palais Princier en mai 2002 afin de proposer mes services dans le but de réaliser un nouvel objet de décor pour le Palais ou pour un autre lieu monégasque. L’Ambassadeur Philippe Blanchi qui m’avait introduit auprès du Prince Rainier en 1999, m’a invité à prendre contact avec Monsieur Michel Boeri, Président de l’Automobile Club de Monaco, car celui-ci cherchait des idées afin d’apporter une touche originale à la décoration du restaurant de l’ACM. Monsieur Boeri m’a reçu et le bureau administrateur constitué entre autres de Monsieur Jacques Lanteri, restaurateur monégasque éminemment réputé ont décidé que je fabriquerais en marqueterie les 4 emblèmes principales de l’ACM, venant agrémenter la nouvelle décoration du restaurant de l’ACM.

La Principauté de Monaco est un lieu prestigieux et admiré de part le monde. Le grand prix de Formule 1 fait partie de cette gigantesque entreprise prestigieuse que le Prince Rainier voulait pour Monaco. De plus celui ci est une convoitise incontournable pour tous ces pilotes qui rêvent de monter sur la première place, leur permettant ainsi d’accroître de façon importante leur notoriété.

 


MATÉRIEL, MATÉRIAUX & OUTILLAGE

Pour réaliser ces emblèmes, j’ai utilisé les outils suivants tous visibles dans le chapitre initiation à la marqueterie, rubrique l’outillage :

  • Scie à chantourner à pédales à mouvement alternatif vertical pour le découpage de la marqueterie
  • Scie à placages: pour la découpe unitaire du placage de fond
  • Scie circulaire, diamètre 80mm, 180 dents, épaisseur 0,5mm pour le découpage des losanges en os et en bois teints rouge, filets
  • Emporte-pièce diamanté circulaire de 9 mm monté sur colonne électrique: découpe des éléments de nacre pour la couronne d’un emblème
  • Presse à plaquer IPN
  • Pot à colle
  • Sable de Fontainebleau
  • Racloir
  • Cale à poncer
  • Ponceuse vibrante ELU

Placages tranchés 9/10ème de mm

  • Noyer français clair, buis français moyen, hêtre teinté gris métal
  • Sycomore teinté rouge «Monaco»
  • Sycomore teinté bleu clair
  • Sycomore teinté vert clair
  • Sycomore teinté bleu foncé
  • Sycomore teinté gris moyen et gris foncé
  • Poirier teinté noir
  • Chêne (contre parement)

Matériaux divers

  • Nacre blanche moirée d’Australie : white mop de 9/10ème mm d’épaisseur et de diamètre 9mm
  • Os de boeuf calibré à 9/10ème de mm d’épaisseur, blanchi au soleil à l’eau oxygénée 130 volumes
  • Support en contreplaqué marine
  • Vernis Jacquelin™ spécial milieux marins et salins
  • Colle forte : 2/3 d’os en perles et 1/3 de nerf en poudre utilisée pour la préparation des placages et le montage sur cale tendue.
  • Colle blanche : Sader à prise rapide. Les œuvres contiennent des bois teintés. La colle Sader™ à prise lente contient environ 30% de matières liquides en plus, ce qui provoque des auréoles sur les bois teints. Cette colle est utilisée pour le collage définitif des placages, os et nacre sur le support
  • Papier kraft
  • Alcool à vernir à 95° pour dégraisser les bois, au tampon, avant collage définitif.
  • Sciure tamisée : pour le mastic des éventuels joints avant collage définitif
  • Poudre de ponce : pour le rempli au tampon/alcool des pores du bois, avant finition vernie
  • Gomme laque : pour le rebouchage des joints faisant office de rayons du vélocipède de l’œuvre (SVM/ACM)

Avec le logiciel GIMP (pour pc sous linux)

  • Dessin : retouche des traits ; finesse des traits des dessins soit 1/10ème de mm.
  • Projection du rendu final des emblèmes en transférant la photo de chaque bois sur chaque élément des dessins, permettant ainsi d’avoir le sens des veines et la couleur des bois, avec ou non application des ombres.

 


TECHNIQUES DE TRAVAIL

Monaco baigne à longueur d’années dans un univers salin et marin. Ces attaques provoquent des dégradations naturelles continuelles, ce qui implique un vaste budget de remises en état des édifices monégasques extérieurs, mais aussi intérieurs, car l’air salin rentre partout.

Il a donc été impératif de vernir les 4 œuvres avec un vernis résistant à l’activité marine, ainsi que des matériaux de très belle qualité. D’où l’achat d’un vernis haut de gamme aux établissements Jacquelin et un contre plaqué marine chez le spécialiste Charles.

Une autre contrainte importante pour cette commande, fut le délai qui me paraissait trop court, au vue de mon activité de postier et des heures que j’estimais pour ces réalisations .

Mais avec une très bonne organisation et une pression que je me suis donnée, j’ai réussi à livrer ces 4 emblèmes dans le délai imparti.

Le dessin

D’après les éléments fournis par l’ACM, photos sommaires scannées des emblèmes sous la forme de médailles , je m’attaque aux dessins.

Pour cela, j’agrandis chaque photo sur une photocopieuse laser dans un atelier de reprographie au format final de 850mm x 600mm.

Je reprends l’ensemble des dessins, car des distorsions ont eu lieu du aux agrandissements successifs.

Une fois les dessins finis, je fais une quinzaine de photocopies pour chaque œuvre. A noter que le dessin de marqueterie, une fois terminé, fait penser à un puzzle.

Chaque dessin est ensuite légendé: dans un cartouche, je reporte le numéro des pièces en rapport avec le dessin, le nom des bois naturels et teintés, l’os et la nacre.

J’effectue le tracé des ombres sur un autre dessin. Ce tracé permet de situer les endroits où les éléments de la marqueterie recevront un traitement au sable chaud afin de “donner la vie” à l’œuvre.

Sur un troisième dessin, je trace sur chaque pièce des traits rectilignes afin de situer le sens des veines de bois. Ceci permettra de donner du relief, lequel prendra toute son ampleur lors de l’application du vernis.

Choix des méthodes de découpage

J’utilise quatre méthodes :

  • La technique de l’incrustation ou tarsia certosina qui consiste à creuser le support massif dans lequel on remplit cette cavité creusée par l’emploi d’un élément, ici la nacre.
  • La technique Boulle qui va me permettre de découper et monter, par exemple, en parfaite symétrie l’œuvre où des volutes sont représentées, ainsi que les lettres du volant noir.
  • La technique élément par élément pour le découpage de l’ensemble des éléments non rectilignes
  • La technique de découpage linéaire ou tarsia géométrica permettant le découpage des éléments d’os et de placages teintés, représentant les couleurs du blason monégasque.

Choix des matériaux

  • Les placages : suivant la légende, je procède au choix des bois en éliminant systématiquement ceux qui comportent des imperfections mécaniques dues au tranchage ou au déroulage, et des défauts naturels non souhaités ici, comme des noeuds, des veines non rectilignes (sauf pour le noyer clair de fond), le moiré, etc…
  • Les plaquettes d’os : Je mets côte à côte toutes les plaquettes d’os de 15cm x 3cm, sur une plaque de verre. J’élimine à l’aide d’une source de lumière telle que lampe, les plaquettes présentant une transparence trop soutenue. Ce défaut naturel dû à une alimentation trop riche donc gras des bovins pose le problème suivant : lors du collage de l’os de part sa transparence, le support apparaît en dessous. Si l’ensemble des plaquettes est transparent et que cet effet est recherché cela est normal. Mais pour ces réalisations, il est impératif que l’os soit bien blanc. Pour le blanchir, la solution consiste à le doubler d’un papier kraft blanc collé à la colle blanche. L’ensemble collé sur le support donnera un os bien blanc.

Les os une fois triés, par souci de blancheur uniforme ont tous été doublés au papier kraft blanc lequel se situe entre les os et le support au moment du collage.

  • Les plaquettes de nacre : J’ai choisi une nacre blanche Goldfish d’Australie pour sa pureté et son brillant une fois polie. Le souci de l’éclat de chaque pastille de 9mm de diamètre une fois découpée, m’a invité à chercher celles dont le moiré était très présent. Cette particularité donne aux éléments de la couronne d’une œuvre des éclats de lumière exceptionnelle lorsque celle ci est exposée et mise sous les projecteurs.

 


PRÉPARATION DES PLACAGES

Par rapport à la légende des dessins, je procède à l’inventaire des matériaux : placages, os et nacre.

Renforcement des placages

Chaque placage est doublé à l’aide de papier journal non imprimé (blanc avant impression) et de colle d’os rallongée d’eau afin d’avoir une eau de colle très fluide. Le journal est tendu à l’aide d’une brosse sur les placages et passé sous une presse pendant 12 heures afin que celui ci sèche et se tende. Cette technique permet aux petites pièces des placages de ne pas se casser lors du découpage,comme lors du montage sur cale tendue.

Préparation diverses

Paquets de placages pour les éléments non rectilignes, découpés en méthode élément par élément

Je prépare des paquets de placages pour chaque couleur en correspondance de la légende de chaque œuvre. Pour chaque œuvre et par sécurité, je prépare deux placages par paquet. Dans le cas, où à l’ombrage l’élément se trouvait brûlé, ou cassé lors du montage, j’aurais un deuxième élément de rechange.

Pour cela, je procède comme suit : Je colle à la colle forte, sur une feuille d’ayous de 2mm, les éléments du dessin correspondant à la légende de l’œuvre. En dessous, je superpose les deux feuilles de placages en rapport de la légende, une feuille de papier suiffé (gras de mouton), puis une feuille d’ayous de 3mm, ceci afin de rigidifier l’ensemble faisant penser ainsi à un morceau de contreplaqué. Au quatre coins de ce paquet et entre chaque élément du dessin, je mets des pointes à placage. Le paquet est près pour le découpage.

À noter ! le papier suiffé sert à faire glisser la lame de scie facilement, évitant par la même que celle ci ne chauffe trop, réduisant ainsi son usure prématurée.

Paquets de placages pour les éléments non rectilignes, découpés en méthode Boulle

Pour les 4 œuvres, j’ai eu recours principalement à la méthode Boulle pour les applications suivantes :

  • Volutes (SVM/ACM)
  • Lettres, tour circulaire et couronne (Automobile Club Monaco)
  • Lettres et couronnes (Rallye Automobile Monte Carlo)
  • Volutes (SVM)

Les paquets sont montés comme ci dessus, en placages doublés, avec du papier suiffé.

Éléments rectilignes et losanges de couleur rouge et blanche

  • Chaque placage est doublé à l’aide de papier journal vierge.
  • Les plaquettes d’os sont doublées d’un papier kraft blanc collé à la colle blanche rapide, et passées sous presse 12 heures.

Éléments rectilignes pour le fond de chaque œuvre

  • Le placage de fond en noyer clair est doublé à l’aide de papier journal vierge, à la colle d’os diluée.

Éléments à incruster

Les éléments de nacre constituant la couronne de l’œuvre (SVM/ACM) sont polies d’un côté, de l’autre elles sont poncées au papier de verre n°80 et striées à l’aide de fraises dentaires très fines, afin de permettre à la colle blanche de s’accrocher.

 


DÉCOUPAGES DIVERS

Notez que les rubriques ci-dessous sont en rapport avec celles ci-dessus.

Méthode élément par élément

Chaque trait de dessin mesure 1/10ème de mm. Les lames de scies utilisées sont des Pebecco n°7, car deux fois plus larges que le trait de dessin. Les dessins se situent à gauche de la lame de scie.

Une source lumineuse (lampe sur pied) est située à gauche de la table de travail, elle a pour but de donner une ombre à la lame de scie, permettant de situer la lame par rapport au trait du dessin.

Cette ombre évite que le trait du dessin ne se confonde avec la lame de scie, source d’imprécision du découpage. Le découpage particulier de cette méthode oblige le marqueteur à être très rigoureux et très précis. Il faut faire sauter le trait du dessin et faire passer le reste de la lame de scie à l’extérieur de la pièce. Le fait de prendre une lame de scie plus épaisse permet de savoir où l’on se situe par rapport au trait du dessin. Pour améliorer la précision du découpage, je monte sur mes lunettes un appareil grossissant par 3. Le découpage est perpendiculaire à la table de travail.

Les pointes des éléments sont respectées en décrivant une boucle externe à la pièce.

Lors du découpage du fond des œuvres, la lame de scie se situera à gauche du dessin, mais cette fois ci à l’intérieur de la pièce à découper. Les pointes de éléments se feront en décrivant une boucle interne à la pièce. La technique habilement maîtrisée fait que les pièces se juxtaposent parfaitement, sans aucun joint détectable ni à l’oeil nu, ni à l’aide d’une loupe.

Méthode Boulle

Le trait de dessin fait 1/10ème de mm. L’on prend une lame de scie de la même épaisseur que le trait du dessin, voir plus fine. Je prends donc une lame double 00 Pebecco. J’attaque le trait dessus muni de mon appareil grossissant. Cela me permet ainsi de rester bien au milieu de ce trait fin, donc ne pas déborder et ainsi de respecter le profil rigoureux des pièces des œuvres.

Coupe des éléments rectilignes de couleur rouge (placages) et blanche (os) et les filets d’entrecroisement

J’ai cette chance de posséder une table en acier (de tabletier), très stable et parfaitement usinée, une entre-pointe très bien calibrée, montée d’une lame circulaire de 80mm de diamètre, 2/10ème de mm d’épaisseur, et 180 dents pour une coupe fine et parfaite, motorisée avec un régime de 800 tours/minute en sortie, (pour une réduction 1/3, moteur de 1/2 CV).

Chaque plaquettes d’os est calibrée à 9/10ème de mm d’épaisseur, pour 15cm x 3cm, sortie de l’Atelier Delaruelles.

Je débite préalablement chaque plaquette dans sa largeur, en fonction du dessin différent de chaque œuvre. Après réglage de l’angle de coupe sur la table de la scie, je procède au débit en série des plaquettes pour chaque œuvre.

Je réitère ce découpage de la même façon pour les pièces de placages de couleur rouge monégasque.

Éléments rectilignes du fond

Le placage noyer clair est doublé au papier journal vierge.

L’ensemble des feuilles de placage est superposé afin de former un paquet. Il est pris en sandwich entre deux tasseaux en hêtre de 5cm d’épaisseur, serré sur mon établi par deux serre joints à pompe, les placages dépassent sur le longueur d’1 mm environ. A l’aide d’un rabot parfaitement affuté, je dresse les feuilles de placages. Je procède de la même façon pour l’autre côté des feuilles.

Je commence par jointer les éléments du fond en noyer clair à l’aide de papier journal vierge coupé , en bandes de 5cm de large et collés à la colle forte en mettant un soin particulier à la symétrie de chaque feuille . L’ensemble est mis sous presse une dizaine d’heures pour séchage et aplanissement de la surface de fond.

Éléments de nacre à incruster

Le découpage circulaire nécessite un outillage particulier, particulièrement pour la nacre, ici.

L’emploi d’un emporte pièce diamanté, monté sur une perceuse à colonne d’une extrême précision, font que ce matériel coûteux n’est pas adapté à une utilisation occasionnelle comme ici. 

Je demande donc à l’atelier Delaruelles de bien vouloir débiter les pastilles de nacre blanche d’Australie d’un diamètre de 9mm et d’une épaisseur de 9/10ème de mm.

 


PRÉPARATION AU MONTAGE

Dans une tablette pour chaque œuvre d’un format conséquent (1m²), les pièces seront disposées en vue éclatée, c’est à dire qu’entre chaque pièce, il sera opéré un espace de quelques millimètres afin de les différencier les unes des autres, l’ensemble formant l’œuvre dans sa grandeur. Cette opération permet d’apprécier les pièces devant être ombrées.

 


OMBRAGE AU SABLE CHAUD

Je prends du sable utilisé en fonderie pour les moules. Celui ci est d’une finesse extrême.

Le sable est monté à bonne température. Des pièces de placage vierge des mêmes essences que celles utilisées sur les œuvres à ombrer, sont trempées dans le sable afin de voir si celles ci prennent un beau dégradé. Lorsque la température est adéquat, pour tel type d’essence, l’ombrage peut commencer. Pour un autre type d’essence, je procède de nouveau avec une pièce vierge du bois souhaité, puis je réalise l’ombre sur la pièce finale. Dans le cas où une pièce serait brûlée fortement, j’ai cet avantage d’avoir découpé deux pièces ensemble du même bois, comme “roue de secours”, et pouvoir recommencer l’opération avec beaucoup plus de minutie.

Je laisse les pièces dans la tablette 48 heures au repos, afin qu’elles reprennent l’hygrométrie perdues lors de cette opération d’ombrage.

 


PRÉPARATION D’UNE CALE TENDUE

Afin de monter les pièces constituant chaque œuvre, je réalise une cale tendue.

Je prends un contre plaqué de 19mm d’épaisseur d’un format supérieur de quelques centimètres par rapport à l’œuvre finale : 900mm x 650mm. Chaque œuvre mesure 850mm x 600mm.

Je prends une feuille de papier kraft marron (papier d’emballage de 80gr/m²). Je passe une éponge humide tiède au recto et au verso. J’encolle les chants du panneau à l’aide d’une colle d’os forte qui prend en quelques minutes. Je positionne le papier kraft dessus et je rabats le kraft sur les chants. A l’aide d’une brosse je tends l’ensemble, afin d’éviter toute forme de plis. Je laisse sécher à température ambiante. La kraft va se tendre comme une peau de tam-tam.

 


MONTAGE

J’applique de la colle forte sur un premier panneau tendu. Je positionne l’élément de fond en noyer clair, côté journal sur le kraft, donc à l’envers.

Chaque pièce est ensuite positionnée. Le découpage étant parfait, les pièces rentrent facilement et l’emploi d’un léger coup de marteau permet un jointage propre. La panne du marteau à plaquer permet de parfaire le rendu final de planéité recherché.

Les éléments de nacre ne sont pas montés.

Pour l’œuvre SVM/ACM, un vélocipède est constitué d’une roue principale de 3cm de diamètre et d’un roue de 1cm de diamètre, lesquelles sont montées sur un fond blanc en os. Pour la fabrication des rayons des 2 roues d’épaisseur 1/10ème de mm, j’ai espacé les plaquettes d’os découpées à la fraise de dentiste, par la finesse de deux feuilles de papier blanc d’imprimante collées ensembles.

Je procède à l’identique pour chaque œuvre.

 


SÉPARATION DE LA CALE

Je sépare ensuite l’œuvre montée sur cale tendue. Je mouille à l’aide d’une éponge tiède le côté verso (côté kraft) afin de ramollir la colle forte.

À l’aide de mes presses IPN, montées avec des tasseaux en chêne de fortes épaisseurs pour former le châssis de base “souple”, des panneaux de CTP de 19mm les uns sur les autres, un carton d’encadrement de 5mm et un papier journal, je positionne le kraft où est positionné l’ensemble marqueté.

Je pose dessus un papier journal vierge, puis un contre plaqué de 19mm d’épaisseur, et des tasseaux en sapin de 8cm de section, espacés de 10cm environ. Je positionne les vis de la presse et je serre celles ci de l’intérieur vers l’extérieur en quinconce comme si je devais opérer sur la culasse d’un moteur de voiture. Je donne un demi tour à chaque vis jusqu’au serrage final.

La marqueterie reste sous presse 24 heures.

Je procède de même pour chaque œuvre.

 


MASTICAGE

Après desserrage de la marqueterie, pour les joints voulus, je procède au masticage par un mélange de sciure de ponçage finement tamisé, d’eau et de colle bien chaude et bien fluide. J’applique la préparation sans excès et je la fais pénétrer à la main. J’essuie, à l’aide de fins copeaux de raboteuse, la marqueterie, puis avec une chiffon en lin, le même que celui utilisé pour le vernis au tampon.

Pour les rayons du vélocipède SVM/ACM, je sépare les feuilles de papier blanc à l’aide d’eau tiède et de la pointe d’un bistouri. Je remplis l’interstice par de la gomme laque appliquée avec la panne d’un pyrograveur.

 


COLLAGE

Afin de n’avoir pas la désagréable surprise du panneau qui, au moment du serrage, à cause de la colle, glisse et se décale de quelques millimètres, devenant donc excentré par rapport au rendu final, je positionne celui ci parfaitement centré. Puis je découpe des cales en bois de 5mm de section et de 5cm de long, collées à la colle chaude sur la marqueterie sur le pourtour de l’œuvre, et espacées de 5cm environ entre elles.

Après séchage d’une heure environ, je mets de la colle blanche à prise rapide et ma marqueterie bien positionnée grâce aux cales. Dessus, je pose un contre plaqué de 19mm de 1cm environ plus grand sur le pourtour ,les tasseaux en sapin et un serrage en croix de l’intérieur vers l’extérieur, comme pour l’étape n°11. L’excédent de colle blanche va alors s’échapper sur le pourtour, preuve irréfutable d’un collage efficace. Sous la marqueterie, un carton d’encadrement de 5mm d’épaisseur est monté afin de compenser les différences d’épaisseur des placages, os et nacre, donnant une parfaite planéité pour le collage et provoquant des reliefs visibles dus à la différence d’épaisseur des placages, os et nacre, quand ceux ci ne sont pas parfaitement calibrés.

Je laisse sous presse 24 heures. Ce délai permet à la colle de sécher en profondeur.

Passé ce délai, je procède au collage du placage de contre parement. Je choisis un placage chêne conformément au souhait du Président de l’ACM.

 


FINITION

Raclage à l’eau tiède et ponçage

Le papier kraft est toujours collé sur la marqueterie. Je détrempe celui-ci à l’aide d’eau tiède et d’une éponge. Dès qu’il se met à gaufrer, à l’aide d’un racloir, je l’enlève facilement. Je racle, en mouillant de nouveau à l’eau tiède la colle d’os qui se ramollit sous l’action de l’humidité et de la chaleur.

Pour parfaire cette opération de raclage, j’utilise un éponge à sec (de type Scotch Brite™) qui nettoie en profondeur, mais en douceur, les éléments de colle d’os restant.

Je laisse sécher 48 heures à température ambiante (20°) la marqueterie.

Passé ce délai, j’affûte mon racloir et j’effectue un raclage léger pour amener l’ensemble des pièces du puzzle constituant l’œuvre, au même niveau d’épaisseur. Je racle peu car les pièces sont presque toutes de même niveau. Je prends ma cale à poncer en liège sur laquelle je monte un papier abrasif n°100, puis 150, et enfin 240. Arrivé à ce stade, je mouille à l’alcool à 95° l’ensemble du tableau, afin de faire redresser les pores du bois. Je ponce au 320.

J’effectue ces étapes de finition pour les 3 autres œuvres.

Placage des chants

J’utilise un placage de noyer clair, lequel est collé à la colle blanche Sader™ rapide, à l’aide de tasseaux serrés sur un châssis spécial IPN à plat.

J’effectue des étapes de raclage et de ponçage comme précédemment.

Rempli des imperfections de sciage à la gomme laque

À de rares endroits des 4 œuvres, quelques micro fissures apparaissent de 1/10ème de mm environ. Elles sont remplies à l’aide de gomme laque claire (astra). Les rayons du vélocipède SVM/ACM sont de nouveau étudiés scrupuleusement et l’emploi de gomme laque fine orange (pour le vernis tampon), finit le remplissage des jointures imparfaites

Rempli à la ponce

Afin d’obtenir un traitement de surface de qualité irréprochable, avant de vernir, j’effectue un rempli des pores à la poudre de ponce + alcool à 95° + tampon fait d’une toile de lin recouvrant une bourre de coton mèche.

Il me faut environ une vingtaine d’heures, étalées sur 8 jours, pour traiter les 4 œuvres.

Vernis

J’emporte les 4 œuvres chez mon vernisseur. L’application du vernis polyuréthane spécial milieux marins et salins lui prend environ 3 semaines, en cabine climatisée à 20°, hors poussière, avec une teneur hygrométrique de 55% d’humidité dans l’air, le nombre de couches étant de 8.

L’ensemble de chaque œuvre est vernis, c’est à dire: la face, le dos, les 4 chants. Le nombre de couches est identique sur ces 6 faces. Un mauvais dosage du nombre de couches recto par rapport au verso provoquerait un gauchissement du panneau vernis : si 8 couches sont appliquées au recto et 7 couches seulement au verso, le panneau risque de gauchir rapidement. Ce problème une fois arrivé est impossible à résoudre par la suite. Un panneau qui vrille est définitif. L’on ne peut plus le redresser.

J’ai du recourir à mon imagination pour adapter les emblèmes peintes sur les supports que l’on m’a prêtés, en œuvres de marqueterie. Le choix des bois a donc été un élément moteur qui m’a permis d’en apprécier les veines, l’éclat, la profondeur.

À la suite du rendez-vous avec l’ACM, j’ai élaboré un dessin en couleur pour chaque œuvre, reproduisant le plus fidèlement possible les couleurs et le sens des veines des bois. Pour cela, j’ai utilisé un logiciel de traitement qui a “mis en forme” le résultat final des 4 œuvres. Les tableaux sont ainsi définis et mis en couleurs comme s’ils étaient déjà réalisés avec les matériaux appropriés. Le client peut donc avoir une idée très pointue de la finalité du projet.

Réactions chimiques suite au collage, et opérations de finition tel que vernis, cire

Par exemple l’alcool à 95°, appelé alcool à vernir, dissous la colle forte (os et nerf) et poisson, ainsi que la gomme laque utilisée pour le vernis au tampon. Certains bois comme par exemple le palissandre de rio, l’ébène de Macassar et celui du Gabon doivent être dégraissés avant collage à l’alcool à 95°; dans le cas contraire, le collage s’avère impossible. Pour savoir si un bois est gras, un test s’impose. L’on met quelques gouttes d’eau sur le placage , si l’eau disparaît dans les fibres, le bois est sec de gras, si non, l’eau reste en surface. Après l’application de l’alcool à 95° sur le bois gras, le gras se dissout et l’eau traverse le placage. L’on peut donc procéder au collage du placage.

Réaction physique simple

Par exemple, un panneau doit être plaqué des deux côtés si non, il va gauchir. Lors de l’application du vernis principalement PU devra être effectué des deux côtés dans un même nombres de couches, par exemple 5 en parement et 5 en contre parement afin d’équilibrer le tout. Dans le cas contraire, du fait de la tension du vernis dû au séchage, le tableau se cintrera, faisant comme un cuvette du côté qui aura reçu plus de couches. Si le panneau n’est vernis que du côté visible, si celui ci est accroché sur un mur, l’humidité ambiante entrera au dos du tableau et s’arrêtera sur la face visible et vernis, sans aucun moyen de le traverser, car le PU est un vernis anti-humidité donc parfaitement étanche à l’eau et à l’alcool. Il se passe alors la chose suivante: des moisissures apparaissent au dos de l’œuvre, elles noircissent et remplissent l’intérieur du support, de plus si celui ci n’est pas un CTP marin, dès qu’elles arrivent au niveau du vernis sur le parement, elles s’arrêtent et un voile grisâtre, voire noirâtre apparaît alors. À ce stade, il n’est plus possible de faire quoi que ce soit.

Dans le cas d’un vernis de type cellulosique, celui ci n’est pas étanche à l’eau. Votre tableau “respire”. Ce type de vernis ne peut être conseillé pour un milieu humide et/ou salin, car des taches blanchâtres sont à redouter. Lorsque celles ci arrivent, il faut recourir à une nouvelle application de vernis.

 


CONCLUSION & REMERCIEMENTS

Voilà, nous voici au terme de ces 4 réalisations qui ont été une sacré expérience tant sur le plan technique, que sur le plan relationnel avec les membres du bureau de l’ACM qui m’ont accordés toute leur confiance.

Je tiens à remercier Monsieur Jacques Lanteri qui m’a apporté son soutien d’artiste et d’artisan d’art pour certains aspects des dessins envers lesquels je n’avais pas la connaissance.

Un grand merci aussi à Mademoiselle Bonifacio, secrétaire du Président Boeri pour sa sympathie et son aménité.